« Pour une vision binoculaire »

La transparence prônée et véhiculée comme modèle d’intégrité politique est souvent le meilleur outil de manipulation insidieux pour attirer l’attention sur un leurre, afin d’occulter les manoeuvres les plus grossières. Éviter le regard vide et hypnotique de cette nouvelle Méduse, s’émanciper de cette pétrification, passe, à l’instar de Persée, par l’utilisation du trouble pour mesurer l’espace, le reflet, de l’objet/outil/arme occasionnant une altération de la réalité pour mieux la percevoir, l’évaluer et la comprendre. Une société se perçoit et s’appréhende dans sa réalité en observant ses troubles, ses périodes ou zones de perturbation bien plus que dans la limpidité caricaturale de l’image frontale, officielle, qu’elle projette d’elle-même.

Le trouble, fine pellicule à l’espace ambigu entre l’ombre et la lumière a modelé — au fil de l’histoire de l’art — l’espace et la figure. Avec le sfumato, la peinture de Léonard de Vinci a gagné en réalisme à la Renaissance ; c’est à partir de ses travaux de recherche sur l’optique que le résidu visuel est devenu partie intégrante de la peinture. Le trans-paraître comprend une traversée marquée par l’obscurité des choses, et la transparence (ou son illusion) comprend, quelle que soit sa valeur diaphane, du trouble — dont la première fonction est de figer, d’interrompre l’emploi du paraître. Et, même si la définition du trouble ne se limite pas qu’au champ du visuel et s’est élargie ensuite à l’esprit, il est toujours le coefficient d’opacité qui simultanément sépare et rassemble la figure et l’ombre, un point de déséquilibre du paraître bien équilibré entre ce qui nous inquiète et nous excite, ce qui nous fait peur et que l’on désire…

 

Appendices n°4, trouble(s), 2010, 10 euros, ISSN: 1958-5284.

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