« Bodegón »

C’est la peur, la douleur et la mort que je ne veux voir, que je ne peux nier.

La lame, le cri, hors-champ.

Une taxidermie pillant les canons publicitaires pour gagner encore un peu sur les vers.

L’hécatombe parée en fête factice chante, encore et toujours, la mise en morceaux avec la voix acidulée des marchands de préfabriqués. Dans un merchandising désespéré, la chair et ses constructions se vendent — prostituées ramenées à la séduction de leurs mécaniques élémentaires — et conjurent avec une esthétique de papier glacé leur déliquescence en fluides aux couleurs artificielles.

Nue, rincée de souffrances, saignée du Pathos, la forme, mise en scène et livide, éloigne et évoque par le vide, comme un pantin ironique, la fin de l’ensemble. 

Dé-compose, re-compose en suggestions de présentation et photos non-contractuelles les pièces détachées du vivant en images impérissables de chambre froide. Pièces de boucherie, organes-objets, cadavres-mannequins, produits animal, top-models décharnés dans une danse macabre de grandes-surfaces, quand tout un tas de bêtes crevées, de têtes de porcs et de moutons suppliciés prennent des poses de magazine — quand les abats magnifiés et les rebuts organiques se parent d’un air précieux — je sens bien que, me fixant depuis sa tombe gélatineuse, le joyaux énucléé d’un Caïn porcin me signifie, moqueur, le vide existentiel qu’avec lui je partage.

A. Buendía, mai 2014

 

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